lundi 18 juin 2012

Exposition photo: En Quête d'espaces.




Des réflexions et des rencontres autour du projet "en quête d'espaces".

l'urbain comme forme de vie
Louis Wirth
rodrigo llopis



Aubervilliers dans la tempête du progrès.

Qu’est-ce qu’un monde qui change ? Une ville qui se transforme ? Un quartier qui mute ? Changer, selon le dictionnaire signifie : modifier une chose, la rendre différente de ce qu’elle était. C’est de cette façon que j'ai commencé à photographier Aubervilliers, il y a plusieurs mois déjà : en me posant des questions. En attendant que la photographie  fixe par sa nature les points cardinaux de la carte d’un corps social dans son mouvement. Ayant confiance en la faculté de n'importe quelle image pour refléter la rencontre d'une idée avec la réalité, et pour que la dernière s'impose sur la première dans la synthèse photographique - une synthèse du mouvement, du changement.


Photographier Aubervilliers comme on photographie Madrid, Bamako, Dheli ou New York. Photographier la ville comme lieu  porteur de progrès, d'épopée humaine, de rencontre.


Autour de l'architecture.

Je me demande pourquoi les constructions récentes sont démolies pour en ériger des nouvelles. Des murs d'à peine cinquante ans sont promptement réduits à l’état de décombres tandis que des bâtiments plus anciens continueront d'assister aux démolitions successives et aux constructions. Qu’a-t-on raté? Pourquoi le nouveau est-il habillé d’une telle fragilité structurelle ? Apprendre à ne pas répétér les erreurs du passé.




Le nouvel ordre de la ville implique une sélection de ce qui doit disparaître et de ce qui mérite d’être gracié. La reconstruction apporte non seulement la métamorphose du paysage urbain mais aussi du paysage humain. Les travaux indispensables de réhabilitation devraient améliorer les conditions de vie des habitants historiques et permettre à de nouveaux venus de s’installer en aidant le corps structurel à se comporter comme un organisme vivant capable de s'adapter et d'accueillir de nouvelles expériences, des nouveaux espaces, voire de nouveaux modèles sociaux.


La photographie remplit son devoir de mémoire pour celles et ceux qui ont vécu et qui vivent là -, et c’est avant tout pour ces personnes et leur bien-être que la ville doit changer. Si cela n'est pas le cas, la photographie permet de témoigner et de dénoncer l’injustice.








il n'y a pas de ville sans projet de ville
    Oriol Nel-lo

Descendre dans la rue c’est occuper le lieu de l'autre.

La ville a été le lieu porteur du progrès, de concentration des créateurs et des entrepreneurs et, par conséquent, a eu un impact positif dans la vie quotidienne. Le processus d'urbanisation et le milieu urbain actuel ne sont pas exempts des problèmes qui affectent beaucoup de groupes et d’individus. L'urbain a impliqué et continue d'impliquer de nombreuses difficultés  sociales.


La ville doit être réorganisée et modernisée autour de la population qui l'habite. Toute réforme urbaine doit tenir compte dans sa réorganisation de la majorité qui vit en elle. Ce travail photographique vise à ce que la présence humaine dans les rues, telle qu’elle a été portée à l’image, constitue un appel au droit à une réappropriation par ses habitants de la planification publique de l'espace urbain. Il se veut aussi une sorte de "portrait social", qui renverrait aux habitants leurs images, leurs visages et leur parole. Révéler des nouveaux espaces et conquérir les déjà existants pour favoriser l' activité citadine et la porter par ce processus à de nouvelles expériences.



Écrire avec la lumière.

Jusqu'à présent, l'anthropologie a fait du texte le medium privilégié pour construire et transmettre une connaissance, réleguant les images à de simples outils de récolte et de registre d'information (Collier et Collier 1996), ou à un complément du langage écrit pour la diffusion du message ethnographique.



Le photographe pense que le visuel - et, spécifiquement, la photographie - ne doit pas se restreindre à cela. Le langage photographique doit gagner une légitimité comme ressource à travers laquelle on peut articuler et transmettre une connaissance anthropologique. Surtout si le corps social peut s’approprier, grâce à la démocratisation de la technique mais aussi de ce langage – devenu moins académique et plus intuitif- ces expériences pour les compléter et les approfondir d’une connaissance plus intime.



Parce que la photographie s'occupe des choses qui disparaissent continuellement, elle est devenue un instrument indispensable pour témoigner des processus de changement. Depuis octobre 2011 nous avons photographié des commerces qui ont disparu, des édifices qui ont été démolis, des personnes qui ont émigrés... Presque sans le vouloir, nos images se sont transformées en documents : elles apportent leur grain de sable pour témoigner de l’histoire toujours fuyante d'un quartier. La valeur testimoniale de la photographie constitue, en fin, l'un de ses intérêts principaux : elle nous offre la possibilité de nous rapprocher des réalités lointaines, en même temps qu'elle apporte la sensation d'être présents dans le lieu.



Que signifie habiter Aubervilliers ?    
julie lavergne

Voici là une des questions de départ de ce travail.
Et comment occupe-t-on l’espace d’une ville, d’un quartier ? Qu’est-ce qui définit cet espace, qu’est-ce qui le délimite ? Qu’est-ce qui en dessine implicitement les frontières ?
Le projet présenté ici a donc commencé par ces pistes de réflexion : Qu’est-ce qu’être habitant d’Aubervilliers ? Qui est considéré comme tel ? Qui se considère comme tel ?



Questions qui semblent se poser d’autant plus dans le contexte actuel de réaménagement urbain que connait la ville. Alors que la ville change, bouge au gré des projets urbains et des mouvements de populations, s’adapte et adopte de nouveaux rythmes, comment se donne à voir l’attachement au quartier, à la ville en elle-même, à l’espace de vie ? Attachement, qui, au fur et à mesure de nos rencontres, semble incontestable pour une bonne partie de la population d’Aubervilliers.



Comment alors, pour créer cet attachement, ce sentiment fort d’appartenance, cette identité, va pouvoir fonctionner la mémoire collective dans un espace en mouvement, en voie de modification ? Et qui vont être les acteurs de ce travail de mémoire, de cohésion ? Ces interrogations font sens lorsqu’on observe que la ville constitue un espace partagé par plusieurs groupes, plusieurs populations d’origines sociales et culturelles différentes, des habitants de longue date, des nouveaux venus. On se trouve là en quelque sorte dans la configuration « marginaux – établis » proposée par le sociologue Norbert Elias.


Le parallèle est donc intéressant entre, d’une part, la volonté de la ville de créer de l’ ‘’établi’’, du durable, du stable (les différents projets de rénovation urbaine ont pour but premier d’éradiquer l’habitat insalubre, ce qui mènera à une forme de stabilisation des populations), et, d’autre part, l’évidence de ce que donne à voir la ville d’Aubervilliers, en particulier dans les quartiers concernés par ces projets de réaménagement. Ce sont des espaces mus par le passage, les trajectoires, le mouvement. Les populations y sont souvent mobiles, ‘’non durables’’ : beaucoup de personnes étrangères y sont de passage, pour diverses raisons (en attente de régularisation, ou autres situations administratives précaires), des populations de travailleurs également, étrangers ou non, y transitent dans l’espoir d’une stabilisation professionnelle et personnelle, des personnes fragilisées par la vie y sont aussi présentes



C’est pourquoi ce travail s’est finalement attaché aux différentes structures d’aide au logement et à l’hébergement de ces populations, et en particulier aux foyers d’hébergement et d’accompagnement (foyers d’accueil de demandeurs d’asile, foyers de jeunes travailleurs, foyers de femmes en difficulté).



Il s’agit d’essayer de comprendre comment vivent ces populations mobiles, de passage. Comment elles vivent dans Aubervilliers, quelles sont leurs attaches, voire leur attachement (et existe-t-il seulement ?) à la ville.
Comment on vit dans ces différentes structures d’habitation : quelle est l’organisation au sein du foyer ? Quels sont les rythmes de vie ? Comment y dort-on ? Comment y mange-t-on, qu’y cuisine-t-on ?






Et enfin comment on se définit par rapport à la ville lorsque l’on fait partie de ces populations : comme étant habitant d’Aubervilliers à part entière ? Comme personne en situation de passage, en transit ? S’auto-référence-t-on par l’habitat ou bien finalement par tout autre chose ?



Autant de questions qui ont parcouru ce travail et qui constituent également des pistes pour le prolonger.







mercredi 7 mars 2012

La campagne vue de La Plaine

Voici un blog intéressant publié par MEDIAPART et réalisé par la journaliste Carine Fouteau.
Bonne lecture !

http://blogs.mediapart.fr/edition/la-campagne-vue-de-la-plaine/article/050312/industrialisation-immigration-la-plaine-1

"Des usines sans immigrés, voilà ce à quoi rêvent la plupart des candidats à l’élection présidentielle à la recherche de solutions pour réindustrialiser la France. Au moment où l’immigration, à droite dans la campagne, fait figure de «problème» et où Renault délocalise une partie de sa production à Tanger, une plongée rétrospective à La Plaine rappelle à quel point développement industriel et immigration sont liés."

http://blogs.mediapart.fr/edition/la-campagne-vue-de-la-plaine/article/251111/sur-la-frontiere-aubervillierssaint-denis

"On cherche un bistrot pour boire un café, en vain. On décide de prendre la direction du Nord. Pour trouver l'axe adéquat, il faut traverser un autre espace bizarre, là encore propriété d'Icade, construit autour de l'avenue des Magasins généraux. Rues et chemins ont été privatisés au point que des barrières métalliques contrôlent à l'entrée les allers et venus. À l'intérieur, des hangars, des entrepôts, du textile, des bijoux, des luminaires, toutes sortes de choses en gros et semi-gros. On essaiera de revenir. Peut-on s'y laisser enfermer la nuit? En ce milieu d'après-midi, camions et camionnettes sont à leur affaire. Ils foncent. Eux savent où ils vont. Un hélicoptère survole la zone. On s'égare. Dédale de rues sans nom.
On cherche la rue des Fillettes qui sépare La Plaine du nord au sud, tchac, en deux, Aubervilliers à l'est, Saint-Denis à l'ouest. Frontière invisible, on y est, plaisir de marcher sur une ligne de fracture imaginaire."